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lundi 27 janvier 2014

Veuf, Jean-Louis Fournier

 

Jean-Louis Fournier, l'auteur de plusieurs romans, récits donc Où on va papa ?, ou de petits recueils drôles comme Satané Dieu parle dans son dernier livre de sa femme, Sylvie, qui est partie, le laissant veuf.

« Sylvie est partie discrètement sur la pointe des pieds , en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant. Elle ne voulait pas déranger, elle m'a dérangé au-delà de tout. »

Il y a les absurdités du quotidien, la facture SFR qui informe sa femme que n'ayant pas utilisé son forfait le mois dernier, elle a droit à un report d'heures, ou le questionnaire de satisfaction du crématorium du Père Lachaise. 

« Recommanderiez-vous le crématorium à vos proches ? »

Il y a aussi les petites choses, la boulangère qui glisse un paquet de macarons avec sa baguette parce qu'elle sait la tristesse de celui qui reste, l'odeur du parfum de Sylvie qui est resté dans son manteau rouge accroché dans l'entrée.

« Chaque fois que je vois des affaires à toi, j'ai du chagrin, surtout ton sac à main. Chaque fois que je rentrais à la maison et que je le voyais assoupi sur une chaise de l'entrée, j'étais rassuré, tu étais là.
Maintenant, ton sac est toujours là, mais pas toi.
Garcia Marquez a écrit : "Les gens qu'on aime devraient mourir avec toutes leurs affaires". »

Il y a surtout la douleur de celui qui reste, mais dite avec toujours beaucoup de pudeur et de tendresse. Jean-Louis Fournier a su trouver des mots simples mais justes pour dire cette douleur qui est au-delà des mots.C'est justement cette grande simplicité qui est si émouvante et qui touche dès les premières lignes. Il tente de nous faire rire pour ne pas nous faire pleurer, mais ce n'est pas toujours un succès, et on finit par faire les deux en même temps.

« Depuis que tu es partie, j'ai pu compter jusqu'à sept millions neuf cent quarante-huit mille huit cents. Tu as eu le temps d'aller te cacher loin. Je cherche partout. Je ne trouve pas, je désespère. La partie de cache-cache dure trop longtemps. Allez, tu as gagné, tu peux sortir de ta cachette. Je n'ai plus envie de jouer. Sors de ta cachette, tu as gagné. Sors de ta cachette, je t'en supplie, j'ai perdu, j'ai tout perdu. »

« Maintenant, tous les matins, je me réveille seul. Je ne me souviens plus tout de suite de la triste nouvelle, comme si tu remourais tous les matins. »

Veuf n'est pas qu'un livre sur le deuil, c'est avant tout un bel hommage et une déclaration d'amour. En le refermant, on pense à Sylvie, qui revit un peu chaque fois qu'il parle d'elle. Puis on est pris d'une envie de voir, d'appeler ceux qu'on aime. 

Un beau livre dont je ne peux que recommander la lecture !

Publié aux éditions Stock (2011) et au Livre de Poche (2013), 160p.

vendredi 7 juin 2013

Lennon, de David Foenkinos

Le destin de John Lennon, tout le monde le connait. L’enfance douloureuse, la rencontre avec Mc Cartney quand ils étaient ados, les débuts, la Beatlemania, "Nous sommes plus célèbres que Jesus", Yoko Ono, la lutte pour la paix, Imagine, et puis ce sombre jour où un fan fou l’a abattu au pied de son immeuble.


On sait tout, pourtant il continue de fasciner. De tous les Beatles, Lennon était peut-être le plus torturé, le plus mal dans sa peau. Et sa mort tragique a renforcé cette impression que l’on a, qu’il a toujours été insaisissable, qu’il a cherché à échapper aux cases dans lesquelles on essayait de le ranger.

David Foenkinos, l’auteur français de La Délicatesse nous offre une biographie romancée de lui, en imaginant ce que Lennon aurait eu à nous dire s’il avait pu parler avant de mourir.



Sous forme de monologue, il retrace donc sa vie, parle de ses souffrances, ses parents qui l’ont abandonné, de ses angoisses créées par la célébrité, de ses amis qui ne sont plus là, de sa nouvelle vie qui contraste tant avec l’ancienne du temps de la Beatlemania.

"Je ressens profondément l'absence de ma mère. Je me sens seul, et c'est de cette solitude-là que tout a découlé. C'est pour ça que les Beatles ont marché. Le socle du groupe, c'est ma solitude. Ma nécessité de vivre avec eux pour survivre."

Il y a bien sur une part fictive, une projection de la part de l’auteur sur ce qu’a pu penser Lennon, mais elle reste cohérente et se rattache à de nombreuses anecdotes. J’ai l’impression de ne pas avoir appris grand-chose, Foenkinos semble s’être basé notamment sur la biographie de Lennon écrite par sa première femme que j’avais lue.

Mais ça n’enlève rien du plaisir, car son style est vraiment agréable et colle à l’univers de Lennon.

"J'étais le roi du monde ce jour là. Je faisais quelque chose que j'aimais, tout le monde me regardait, les filles gloussaient, je buvais et je crachais, j'allais réveiller cette foutue ville de Liverpool. Après avoir joué, on s'est retrouvés tous ensemble. 
Ivan, un de mes potes, est venu me voir. Il était accompagné d'un gamin. Avec une tête de beau gosse en gestation. Je suis resté un instant à les regarder. Ivan a simplement dit : "je veux te présenter quelqu'un. Il s'appelle Paul." Alors ce Paul m'a tendu la main en se présentant : "Paul McCartney." Et voilà...
C'est là que Paul est entré dans ma vie. C'est là que le destin m'a chatouillé de sa grâce. Est-ce que sans lui je serais allé si loin ? Je ne sais pas. Mais bon, à cet instant, je ne pouvais pas vraiment me douter de la suite. Si vous aviez vu sa tête, une sorte de moustique puceau, c'était pas gagné d'avance."

Une belle lecture pour ceux qui apprécient cet artiste, qui, que l’on l’apprécie ou pas sur le plan humain, avait tout de même un vrai génie musical. Pour ceux qui le connaissent peu, ce sera également l’occasion de découvrir la vie exceptionnelle qu’il a eue.

J’ai bien sur écouté les Beatles et les œuvres en solo de Lennon pendant cette lecture !
Celle que je vous propose d’écouter est une des plus personnelles de Lennon, sur sa blessure causée par l’absence de ses parents.

« Mother, you had me, but I never had you »
Une phrase qui en si peu de mots en dit tant…