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vendredi 7 juin 2013

Lennon, de David Foenkinos

Le destin de John Lennon, tout le monde le connait. L’enfance douloureuse, la rencontre avec Mc Cartney quand ils étaient ados, les débuts, la Beatlemania, "Nous sommes plus célèbres que Jesus", Yoko Ono, la lutte pour la paix, Imagine, et puis ce sombre jour où un fan fou l’a abattu au pied de son immeuble.


On sait tout, pourtant il continue de fasciner. De tous les Beatles, Lennon était peut-être le plus torturé, le plus mal dans sa peau. Et sa mort tragique a renforcé cette impression que l’on a, qu’il a toujours été insaisissable, qu’il a cherché à échapper aux cases dans lesquelles on essayait de le ranger.

David Foenkinos, l’auteur français de La Délicatesse nous offre une biographie romancée de lui, en imaginant ce que Lennon aurait eu à nous dire s’il avait pu parler avant de mourir.



Sous forme de monologue, il retrace donc sa vie, parle de ses souffrances, ses parents qui l’ont abandonné, de ses angoisses créées par la célébrité, de ses amis qui ne sont plus là, de sa nouvelle vie qui contraste tant avec l’ancienne du temps de la Beatlemania.

"Je ressens profondément l'absence de ma mère. Je me sens seul, et c'est de cette solitude-là que tout a découlé. C'est pour ça que les Beatles ont marché. Le socle du groupe, c'est ma solitude. Ma nécessité de vivre avec eux pour survivre."

Il y a bien sur une part fictive, une projection de la part de l’auteur sur ce qu’a pu penser Lennon, mais elle reste cohérente et se rattache à de nombreuses anecdotes. J’ai l’impression de ne pas avoir appris grand-chose, Foenkinos semble s’être basé notamment sur la biographie de Lennon écrite par sa première femme que j’avais lue.

Mais ça n’enlève rien du plaisir, car son style est vraiment agréable et colle à l’univers de Lennon.

"J'étais le roi du monde ce jour là. Je faisais quelque chose que j'aimais, tout le monde me regardait, les filles gloussaient, je buvais et je crachais, j'allais réveiller cette foutue ville de Liverpool. Après avoir joué, on s'est retrouvés tous ensemble. 
Ivan, un de mes potes, est venu me voir. Il était accompagné d'un gamin. Avec une tête de beau gosse en gestation. Je suis resté un instant à les regarder. Ivan a simplement dit : "je veux te présenter quelqu'un. Il s'appelle Paul." Alors ce Paul m'a tendu la main en se présentant : "Paul McCartney." Et voilà...
C'est là que Paul est entré dans ma vie. C'est là que le destin m'a chatouillé de sa grâce. Est-ce que sans lui je serais allé si loin ? Je ne sais pas. Mais bon, à cet instant, je ne pouvais pas vraiment me douter de la suite. Si vous aviez vu sa tête, une sorte de moustique puceau, c'était pas gagné d'avance."

Une belle lecture pour ceux qui apprécient cet artiste, qui, que l’on l’apprécie ou pas sur le plan humain, avait tout de même un vrai génie musical. Pour ceux qui le connaissent peu, ce sera également l’occasion de découvrir la vie exceptionnelle qu’il a eue.

J’ai bien sur écouté les Beatles et les œuvres en solo de Lennon pendant cette lecture !
Celle que je vous propose d’écouter est une des plus personnelles de Lennon, sur sa blessure causée par l’absence de ses parents.

« Mother, you had me, but I never had you »
Une phrase qui en si peu de mots en dit tant…



mardi 11 septembre 2012

Charlie Chaplin, de Michel Faucheux

De Chaplin, on connait la moustache, le chapeau melon et la canne. On connait l’image d’un mime qui a fait rire pendant des années avec un curieux personnage de vagabond affublé de ces accessoires.


Parfois, on connait aussi des rumeurs sur ses liens avec le communisme dans l’Amérique de McCarthy, sa réputation de coureur de jupons et de personne pas franchement très sympathique. Mais au fond, bien que tout le monde sache de qui il est question lorsque l’on prononce le nom de Charlie Chaplin, on en sait peu réellement sur l’homme et ses films (du moins certains).


Voici donc une excellente occasion pour ceux qui apprécient ce grand cinéaste de combler leurs lacunes : cette biographie très riche leur permettra d’apprendre une multitude d’infos et d’anecdotes sur lui, mais également de lire un ouvrage qui défend avec force sa thèse : si Chaplin a compté et continue d’être une référence encore aujourd’hui, ce n’est pas seulement parce qu’il avait du talent ; c’était également car il avait saisi dans son art les particularités de son époque, le XXème siècle. 


Son personnage le plus célèbre, Charlot, est resté muet comme symbole de l’homme déshumanisé par son époque, qui a remplacé l’homme par la machine. Si j’étais un peu dubitative à l’annonce de cette thèse au début du livre, force est de constater que Michel Faucheux démontre brillamment tout au long de la biographie la pertinence de cette vision du cinéaste. 


N’ayez pas peur pour autant, car cela ne rend pas le livre ardu – Michel Faucheux fait toujours en sorte qu’il soit accessible à tous, tout en nous offrant une biographie d’une grande qualité, qui n’épargne pas Charlie Chaplin : il semblait effectivement comme le laisse penser sa réputation très colérique, jaloux et un poil vaniteux. Les témoignages de ses enfants montrent également qu’il fut aussi absent en tant que père que brillant en tant qu’artiste.
Même si en tant que personne, il ne fut apparemment pas très agréable, cela n’enlève rien à son génie ; chacun est libre d’avoir sa propre opinion bien entendu, mais Chaplin reste pour moi un des plus grands réalisateurs, un qui a notamment brillamment réussi à passer du muet au parlant, là où tant d’autres ont disparu.


Pour finir, les références cinématographiques, musicales ou littéraires sont très nombreuses et offrent de nombreuses pistes à qui veut mieux connaitre la scène artistique contemporaine de Chaplin, pour prolonger le plaisir qu’apporte cette biographie. 

Pour ma part, cela m’a particulièrement donné envie de découvrir ses films moins connus (Monsieur Verdoux, La comtesse de Hong Kong par exemple), et de découvrir d’autres ouvrages de la collection Folio Biographie, car celui-ci m’a comblée par son contenu et le format poche (toujours un atout quand on peut le glisser facilement dans son sac !)

Merci beaucoup à Folio et à Livraddict pour cette formidable découverte.

lundi 28 février 2011

Totto-chan, la petite fille à la fenêtre

En commençant ce livre, je n'avais à peu près aucune idée de ce qui m'attendait. Je savais juste que c'était un roman très connu au Japon et que j'en avais entendu de bon échos.

Ce livre qui se passe dans le Japon des années 30, raconte donc l'histoire de Totto-chan, une petite fille qui se fait renvoyer de son école, parce qu'elle se lève en plein milieu de la classe pour demander à l'hirondelle dehors "ce qu'elle fait". A la suite de ça, elle est inscrite dans une école pas comme les autres, l'école Tomoe. Les salles de classe de l'école Tomoe sont des wagons de train, chaque élève commence par la matière qu'il veut le matin, et l'après-midi est consacré à des ballades, et des jeux. Une école assez révolutionnaire donc, si on connait la réputation de l'école japonaise de maintenir ses élèves dans un moule très strict.
Cependant, le but du directeur de l'école Tomoe n'est pas seulement de donner plus de liberté aux enfants et de les laisser s'amuser, il est avant tout un pédagogue. Par exemple, les ballades sont l'occasion de découvrir les plantes et animaux, et de composer des haïkus, les jeux de comprendre certaines choses sur la nature et les hommes. 
Et c'est là tout l'intérêt du livre, qui est une histoire vraie (puisque Totto-chan est en fait l'auteure, Tetsuko Kuroyanagi !). A chaque épisode des aventures de Totto-chan, l'on finit par comprendre où le directeur voulait en venir, pour permettre aux enfants d'apprendre tout en s'épanouissant. Il crée ainsi un tournoi sportif dont les épreuves ne sont pas les mêmes que dans les autres écoles... et c'est le petit garçon le plus faible qui le remporte, lui qui d'habitude ne gagne rien. De là à penser que le directeur avait créé ces épreuves exprès pour qu'il puisse gagner pour une fois, il n'y a qu'un pas que Tetsuko, des années après, n'hésite pas à franchir...
Ce livre est donc formidable, non seulement car les aventures de la petite Totto-chan, qui est très attachante et très intrépide, sont amusantes, mais également car on se rend compte qu'il n'est pas forcément plus dur d'éduquer les enfants autrement. Il suffit simplement de réfléchir un peu, et de sortir des habitudes que l'on a prises.
Un petit bémol tout de même : le ton positif de l'auteure finit par sonner un peu faux. Je doute qu'il n'existe aucune méthode qui n'ait pas ses défauts, or, à l'entendre, on croirait que celle de l'école Tomoe est parfaite. Dommage, car un peu de nuance n'aurait pas forcément desservi son propos !

En résumé, une bien jolie découverte, pour se plonger dans le Japon des années 30 à travers les yeux d'une petite fille, et également pour en découvrir un peu plus sur la pédagogie de manière pas du tout rasoir !

Extrait :
"En trouvant Totto-chan dans une telle situation, la plupart des adultes se seraient écriés: "Non, mais qu'est-ce que tu es en train de faire?" ou "C'est dangereux, arrête tout de suite!", tandis que certains, à l'inverse, lui auraient proposé leur aide. Mais le directeur, lui, s'était contenté de lui demander de tout bien remettre en place une fois qu'elle aurait terminé. "Quel remarquable pédagogue", pensa la mère de totto-chan lorsque sa fille lui rapporta l'incident"

 Mon premier billet pour le challenge In the mood for Japan, il était temps !

dimanche 7 novembre 2010

Helena Rubinstein, la femme qui inventa la beauté

Présentation de l'éditeur :
Avant d’être une marque de cosmétiques, Helena Rubinstein eut un destin. Et quel destin, quelle incroyable aventure ! On connaissait la milliardaire couverte de bijoux peinte par Dali ou Picasso, l’impératrice de la beauté qui transforma l’image de la femme en lui tendant le miroir de la jeunesse éternelle, la travailleuse acharnée qui parcourait la planète au pas de charge, s’arrêtant à peine dans l’une de ses sublimes demeures, mais savait-on que cette "Hearst à l’échelle féminime" fut d’abord une petite polonaise ? Née en 1872 dans le quartier juif de Cracovie, aînée d’une famille de huit filles, Helena sut dire non aux conventions. Elle resta libre et sut imposer sa vision. De l’Australie où elle s’exila à l’âge de 24 ans, pionnière des soins de beauté, à New York où elle mourut princesse cosmopolite à 93 ans, la vie d’Helena Rubinstein fut un roman. Un roman où se croisent tous les talents de l’époque, de Poiret à Chanel en passant par Louise de Vilmorin, une saga éblouissante, faite de krachs boursiers et de chagrins d’amour, de drames conjugaux et de diamants croqués.


Avant de recevoir ce livre, le nom d’Helena Rubinstein ne m’évoquait qu’un vague souvenir associé à une marque de cosmétiques. Ne connaissant pas du tout la personne, je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant sa biographie écrite par la journaliste Michèle Fitoussi. Et ce livre s’avère être une excellente découverte. La vie de ce petit bout de femme a été extrêmement remplie, ce qui rend la lecture de la biographie plus semblable à un roman d’aventures qu’à une énumération d’événements ennuyeuse, comme il m’est arrivé d’en lire dans les récits de vie. Les vies professionnelle, sociale et sentimentale d’Helena Rubinstein se croisent et se rencontrent avec un équilibre qui fait que l’on n’est jamais lassé par des longueurs, d'autant plus que le style est très fluide et agréable.

J’ai particulièrement aimé voir comment elle a construit son empire pas à pas, de ses galères en Australie à la réussite dans les grandes villes occidentales, Paris, Londres et New York. Sa force de caractère et sa détermination forcent le respect, et on lui souhaite la réussite, qu’elle mérite amplement, vu la quantité de travail qu’elle fournit. Cependant, sans être pour autant dure, Michèle Fitoussi n’est absolument pas complaisante avec Helena Rubinstein, laquelle avait pourtant une fâcheuse tendance à broder sur sa vie et à l’enjoliver, si bien qu’on ne savait plus où se trouvait la vérité. Il est par exemple difficile de connaitre son âge exact, puisqu’elle a continuellement menti, y compris sur ses papiers d’identité ! La journaliste n’hésite pas à rétablir la vérité sur certains points, et ne cache pas les défauts de la femme d’affaires, qu’elle avait d’ailleurs assez nombreux.

Mais au-delà de la vie de Rubinstein, le livre possède l’atout majeur de nous faire découvrir l’époque et le milieu artistique du début du XXème siècle. Il faut croire que cette femme a vécu au bon endroit au bon moment, vu le nombre incroyable de personnes célèbres qu’elle a côtoyées. Picasso et Dali, entre autres, ont peint son portrait. Michèle Fitoussi raconte de manière savoureuse l’anecdote d’une soirée mondaine où Helena Rubinstein envoie promener Marcel Proust, alors jeune. Elle dira plus tard : « Comment pouvais-je savoir que ce gringalet deviendrait célèbre ? ». On ressent l’effervescence et le bouillonnement de l’époque des années folles, la plus grande morosité  pendant la récession. C’est toujours réjouissant et passionnant. S’il n’y avait qu’un seul défaut que je reproche au livre, ce sont les descriptions de la décoration des différents salons de beauté Rubinstein. Il faut croire que ce n’est pas l’un de mes principaux centres d’intérêts car cela m’ennuyait à force.

A part ce petit détail, je recommande donc chaudement la lecture de cette biographie à celles qui s’intéressent au maquillage et à la mode, mais également à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et à la culture du XXème siècle.

Je remercie vivement le site Livraddict et les éditions Grasset pour m'avoir permis de faire cette découverte !

mercredi 6 octobre 2010

Le fond de la jarre


Résumé :
Qu’y a-t-il dans le fond de la jarre ? C’est le mystère des vieux pots, ou plutôt du flacon magique : on ne sait ce qu’il contient mais on l’ouvre avec un frisson délicieux. Et qu’en sort-il ? Une vraie cour des miracles, avec ses personnages extravagants, doux marginaux ou folles de Dieu au verbe acéré. Une curieuse nuit de noces, où l’on ne brandit pas le seroual taché de sang. Un oncle fugueur amateur de kif, se transformant la nuit en un auguste Homère. Un pique-nique initiatique où un enfant fait d’un radis une madeleine. Et l’âme d’une ville, ou ses tripes. Fès, en l’occurrence, mais le Fès d’un Maroc disparu, sur fond de protectorat français et de lutte pour l’indépendance.
Au centre de ce théâtre à ciel ouvert, l’enfant, pris dans une tourmente de découvertes ébouriffantes et de déconvenues cuisantes. En ombre tutélaire, Ghita, la mère, jamais à court d’imprécations et de reparties truculentes, une tendre furie, féministe avant l’heure.
Fiction ou autobiographie ? Ce récit brosse un tableau surprenant d’une ville et d’une époque.

Critique :
On découvre les souvenirs d’enfance de l’auteur, dans la ville de Fès, au Maroc. Les histoires et anecdotes se succèdent, et nous font véritablement voyager dans l’espace, mais également dans le temps, puisqu’elles nous font découvrir Fès telle qu’elle n’existe probablement plus aujourd’hui. Les personnages rencontrés, que ce soit la famille de Namouss (surnom de l’auteur), ou les gens de la médina, sont tous pittoresques et savoureux. L’auteur lui-même est très attachant. Leur mode de vie peut paraitre incroyable vu les conditions que l’on a en France aujourd’hui. Pourtant, certains éléments qui nous semblent aujourd’hui un peu étranges (connaitre tout le monde dans la ville, la proximité et l’entraide entre voisins) peut rendre nostalgique.
Le style est très agréable,  très fluide, sans pour autant céder à la facilité. Beaucoup d’images, de couleurs, d’odeurs viennent à l’esprit au fil de la lecture. Les descriptions des repas m’ont ainsi donné particulièrement faim !
J’ai particulièrement apprécié les passages sur la découverte de l’école et du français (l’auteur a grandi à l’époque du protectorat français au Maroc) et sur le ramadan. C’était la première fois que j’en entendais parler du point de vue d’un musulman vivant dans un pays arabe, et j’ai eu l’impression d’un peu mieux comprendre cette tradition. Les mouvements pour l’indépendance du pays sont également racontés du point de vue des marocains. Là aussi, c’était intéressant de découvrir ce point de vue ; bien souvent, l’on n’entend parler en France que de la situation des soldats et colons, sans trop imaginer ce que pouvaient penser les habitants des colonies.

En résumé, un livre formidable, pour découvrir un pays qu’on ne connait tout compte fait pas tant que ça. Les souvenirs d’enfance de l’auteur font voyager, à l’aide d’un style très agréable. Je pense me pencher sur le reste de la bibliographie de Laâbi.

Je remercie vivement le site Livraddict et les éditions Folio de m’avoir permis de découvrir ce livre et cet auteur !